La visite des vieux quartiers Juifs de Béziers : un petit aperçu d’une aventure pleine de sensations.

Béziers ce vendredi 26 juin. 10h. Dès ce matin, la chaleur sans vent est accablante… Un groupe de 10 personnes du CPJN, venues de Narbonne, se retrouvent devant la synagogue qui est située tout à côté des halles récemment rénovées… Mais il y a tout d’abord un doute : nous sommes devant le porche d’une très belle bâtisse ancienne : l’hôtel de Cassagne. Quand on recherche sur Internet pour retrouver les informations qui figurent sur une plaque à côté de l’entrée, on hésite… On tombe tout d’abord sur un hôtel avec SPA. C’est peut-être cela : on nous a dit qu’il y a un mikvé à l’intérieur : un SPA donc ? Si on lit la plaque extérieure, on comprend qu’il s’agit d’un hôtel particulier du XVIe – XVIIe siècle, ayant appartenu à une famille noble de Béziers, propriétaire d’un grand vignoble. Et puis, pendant que nous attendons les derniers participants, une camionnette vient livrer deux grosses palettes de produits d’alimentaires qui sont stockés dans un local au rez-de-chaussée de l’immeuble… C’est bien cela : on est dans un lieu de commerce, vin et alimentation. Près des halles, c’est normal…

Chantal Viotte-Rabinovitch, la présidente de l’association Mémoire juive de Béziers, nous accueille à l’heure et va nous accompagner toute la journée pour une visite détaillée des anciens quartiers juifs de la ville, et puis, l’après-midi, du musée juif et de la synagogue, aux pieds desquels nous sommes donc. Chantal nous précise que les palettes livrées sont pour une sorte de coopérative de produits casher pour la communauté biterroise qui comprend à ce jour 90 familles. Elle nous invite à monter le grand escalier intérieur qui nous mène aux locaux du 1er étage qui appartiennent à l’association et où sont installés le musée, la synagogue et le mikvé. Nous nous délestons de nos sacs et redescendons pour commencer la visite promise.

Tout semble donc remis à sa place. Nous suivons Chantal, et nous engageons très vite dans un dédale de petites rues. Chantal commence à nous expliquer que tout le centre ancien, qui se situe entre les halles et la cathédrale Saint-Nazaire (Nazaréen ?), fut un quartier juif très vivant au Moyen-Âge, particulier au 12e et 13 e siècles. Brusquement, avant de franchir un arc roman voûté qui ouvre sur une autre ruelle, Chantal s’arrête, en nous priant de ne plus parler. Son visage a changé : de jovial et joyeux, il est devenu grave et inquiet. 

« Je me dois de vous prévenir, dit-elle, cette promenade médiévale n’est pas sans risques : ce quartier était hanté à l’époque par des trolls qui peuvent encore ressurgir aujourd’hui, tels des fantômes malfaisants. Attendez-moi quelques secondes, je vais aller voir à l’angle de la ruelle pour vérifier qu’il n’y ait pas… » 

Chantal nous laisse donc en plan. Un léger frisson parcourt le groupe qui bouillait de chaleur et de curiosité. Si Chantal ne revenait pas ? Ce n’est pas impossible. Chantal Viotte-Rabinovitch vient de Roumanie. Sans doute des Carpates, où il y a encore des ours et des trolls. Et durant la guerre, le régime d’Antonescu et sa Garde de fer se sont ralliés à l’Allemagne nazie. Et plus de 100 000 juifs furent massacrés. C’était paraît une punition justifiée. Les Juifs sont un peuple sanguinaire : ils ont tué Jésus, mais aussi ils tuent des enfants innocents pour en boire le sang. Ce fut le massacre des innocents L’Histoire a charrié beaucoup de fantômes, en Roumanie comme ailleurs en Europe.

Mais Chantal revient vite pour nous dire à voix basse qui l’on peut vite passer le porche et emprunter la ruelle : les fantômes ne sont pas là. Un soulagement général traverse le groupe…

Nous pouvons continuer la visite. 

Quelque temps plus tard, nous déboucherons sur la place de la cathédrale, en face de laquelle se situait l’ancienne synagogue. Chantal nous propose d’en visiter l’intérieur et la façade extérieure : le combat de l’église contre la synagogue qui se font face, se nourrira de cette légende du peuple assassin que l’on retrouve encore en France comme en Roumanie ou au Proche-Orient. Ainsi tout le monde répand aisément ce qui est donné comme une information : il y a eu 50 000 enfants morts ou blessés à Gaza, du fait des Israéliens, des Sionistes, donc des Juifs. Dans la cathédrale Saint-Nazaire (qui fut d’origine juive…), il y a une chapelle dédiée à saint Étienne, célébré comme martyr. Une peinture y représente de saint. Mais l’interprétation qui revient régulièrement : cette peinture représenterait le meurtre d’Étienne par des Juifs. 

Pour finir, un mot sur la façade de la cathédrale. Au centre, en dessous de la rosace, une frise sculptée forme un triangle qui surplombe le porche d’entrée. De part et d’autre de ce triangle, figurent deux sculptures de femmes représentées en pied. À gauche, la vierge Marie regarde le public avec un sourire. À droite, une femme a la tête tournée sur le côté, elle est les yeux bandés : c’est la synagogue. Le Verus Israël, c’est l’Église… Le christianisme s’est substitué au judaïsme. C’est le Grand Remplacement ? On a pu croire que les choses ont changé depuis le Moyen-Âge,.. Mais le même cauchemar revient régulièrement. Motorpsycho Nightmare, chante Bob Dylan. Mais chut ! C’est un Juif…

Restons-en là. Il ne vous reste ensuite qu’à visiter, revisiter le somptueux Musée juif de Béziers… Nous n’en dirons mot, laissant libre cours à votre découverte. Merci à Chantal et aussi aux deux trolls qui nous ont accompagnés avec bienveillance : Paul dit Isaac, et Nina dite Esther.

Dominique Bondu pour CPJN.

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