Quelques mots du Président en l’honneur de Rafaël Goldwaser

portrait de Rafaël Goldwaser.

Pour qui sonne le glas ?

Ernest Hemingway a donné ce titre, et ce thème, au roman célèbre adapté par la suite au cinéma.

C’est le titre d’un poème de John Donne, dont est extraite cette phrase :

« Aucun homme n’est une île, entièrement de lui-même ; chaque homme est un morceau du continent, une partie du tout. »

L’association Culture et Patrimoine Juif de Narbonne aurait pu être créée uniquement pour  Rafaël GOLDWASER. Parce qu’elle est faite pour tous, juifs et non juifs, locaux ou d’adoption, intéressés par les choses de l’esprit et la transmission, ouverts aux formes d’arts de vivre communautaires et universelles.

Rafaël repose au carré israélite du cimetière de l’ouest à Narbonne. Il y a été accompagné par sa famille et des amis par une très chaude après midi de juillet. Ses enfants artistes ont su donner de lui un visage facétieux et vif qu’on lui connaissait, par des mots tendres et des interprétations musicales choisies. Une rabbine venue de loin a officié dans la tradition et la modernité, offrant par là un autre miroir à l’assemblée, sachant toucher ceux qui croient à la vie nouvelle comme ceux qui se souviennent.

Rafaël a quitté la scène entouré des siens, et c’est une merveille. Cet hiver encore il s’apprêtait à partir en tournée aux Amériques quand le grand âge lui a fait un croche-pied. C’était un voyageur du siècle. De l’Argentine au kibboutz, des écoles de théâtre à Tel Aviv et à Paris, des petits rôles à la mise en scène, des petites salles de l’est de la France à celles de nombreux pays il a joué et fait jouer, appris et enseigné, dans des répertoires allant des jeux de masques à sa spécialité, le théâtre yiddish. Il était fier de ses maitres, comme de ses élèves. Pendant plus de vingt ans il avait porté l’esprit du « Théatre de l’air – Lufteater », en compagnie de gens des plus divers. Le metteur en scène, comme l’acteur, comme l’écrivain, est un démiurge : il créé la vie, il porte la parole, et le public vient à lui pour l’énergie et l’histoire transmises. Raphaël a vécu son rêve, et l’a donné en partage. On dit des gens qui parlent plusieurs langues qu’ils possèdent plusieurs âmes. Elles étaient toutes là, derrière son sourire polyglotte. L’âme du petit argentin maladif descendant de rabbin, l’âme du bâtisseur d’utopie dans sa jeunesse israélienne, celle de l’homme de théâtre, celle du fils et celle du père, celle qui porte l’amour et celle qui transmet la culture d’un monde. Nous n’avons connu que le vieux monsieur attentif à la marche du temps et qui n’était dupe de rien, tout en cueillant le jour dans toutes ses opportunités. Nous étions ensemble en janvier à Perpignan comme à Béziers pour les vœux de nos associations amies, et il était heureux des rencontres comme des conversations en espagnol. Depuis son appartement du bord de Robine qui réjouissait ses vieux jours, il n’avait eu que quelques pas à faire, un soir de février, pour entendre en concert son fils Maël à l’hôtel de ville, renonçant à regret à écouter  son ami Olivier qui se produisait au même moment dans une autre salle. Les guitares hispaniques résonnaient ce soir là dans Narbonne, et elles portaient des influences qui nous touchent. Raphaël est sorti du spectacle ravi, pour aller, de son pas tranquille, vers le jardin des vivants. Nous pouvons, en pensant à lui et aux siens, aux moments partagés, y poser notre petit caillou.

Le roman donne la réponse à la question : ne te demande pas pour qui sonne le glas, il sonne un peu pour toi.

François Blin, Président de CPJN, août 2026.

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